Conférence de presse du ministre des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez Parrilla, pour la présentation du rapport de Cuba sur les effets du blocus américain :
La Havane, le 7 septembre 2026
Modérateur : Salutations à tous mes confrères de la presse nationale et étrangère accrédités dans le pays. Aujourd’hui, lors de cette conférence de presse, le ministre des Affaires étrangères de la République de Cuba, Bruno Rodríguez Parrilla, présentera le rapport sur l’impact du blocus américain contre notre pays. Monsieur le Ministre, 47 correspondants de 25 médias provenant de 12 pays sont présents. Je salue également les téléspectateurs et les internautes. Cette conférence est retransmise en direct à la télévision cubaine, à la radio cubaine et sur les plateformes numériques du ministère des Affaires étrangères et de la Présidence. La parole est à vous.
Ministre : Merci beaucoup. Je vous remercie infiniment de nous accorder ce temps.
Le rapport que la République de Cuba soumet traditionnellement au Secrétaire général des Nations Unies, à sa demande, fournit des informations rigoureuses sur les dommages économiques, commerciaux et financiers causés par le blocus imposé par le gouvernement des États-Unis à Cuba.
Je tiens à souligner, à cette occasion, l'impact considérable de ce blocus sur les individus, les familles cubaines et, en fin de compte, sur l'ensemble de notre population. Car le blocus ne punit pas un gouvernement ; il punit la vie quotidienne d'un peuple dans tous ses aspects. C'est un acte de punition collective, qui se traduit par de longs mois passés à vivre avec seulement deux ou trois heures d'électricité par jour, voire moins, avec des aliments qui se gâtent, une chaleur étouffante qui empêche de dormir, des parents qui ventilent leurs bébés, des enfants qui font leurs devoirs dans une quasi-obscurité, des jeunes sans accès à Internet ni loisirs, des grands-parents sans télévision ni même parfois sans radio – toute la vie familiale est bouleversée.
Le décret présidentiel du 29 janvier, signé par le Président des États-Unis, a instauré un blocus des carburants qui empêche les livraisons, même celles déjà payées, sous la menace de sanctions. Il intimide et harcèle les compagnies maritimes exploitant les pétroliers. Cette mesure menace les compagnies maritimes et leur interdit de transporter même des pièces et des composants pour les centrales thermoélectriques ou les systèmes photovoltaïques.
Un pétrolier de 100 000 tonnes permettrait de réduire considérablement les coupures de courant d'environ deux semaines. Si l'on pouvait importer du fioul et du gazole pour les groupes électrogènes des systèmes de production décentralisée, les coupures de courant pourraient être minimisées ; mais le blocus des carburants empêche leur importation. Nous avons rapidement diversifié notre mix énergétique grâce à l'énergie solaire. Aujourd'hui, les compagnies maritimes sont menacées et ne peuvent donc plus transporter de panneaux solaires ni de batteries pour les nouveaux parcs photovoltaïques, que nous avons appris à installer en seulement 45 jours.
Les conséquences se traduisent par des semaines sans eau courante. Un réseau de distribution d'eau fonctionne grâce à des groupes de moteurs électriques qui, évidemment, s'arrêtent lors d'une coupure de courant. Même une brève coupure les déconnecte, et il faut ensuite plusieurs heures pour rétablir la pression de l'eau dans les canalisations. Il en va de même pour les stations de pompage, les stations de surpression et les pompes de canalisation. Ces systèmes sont protégés par des groupes électrogènes, mais ceux-ci fonctionnent également au fioul ou au diesel, que nous n'avons pas le droit d'importer.
Le blocus nous prive de ressources. Il nous empêche également d'importer des pièces détachées et des composants pour ces générateurs. Cependant, nous travaillons activement à mobiliser des générateurs fonctionnels et à sécuriser l'approvisionnement en eau grâce à l'énergie photovoltaïque.
Ce blocus énergétique pénalise les nouveau-nés qui dépendent du bon fonctionnement d'équipements médicaux, tels que les incubateurs, pour survivre. Lors d'une coupure de courant, lorsque le générateur de l'hôpital tombe en panne, les médecins doivent recourir à des techniques manuelles, par exemple en pratiquant une ventilation assistée. Il en va de même pour les personnes en attente d'une intervention chirurgicale, notamment les enfants, qui savent que le générateur qui protège le bloc opératoire dépend lui-même d'un générateur susceptible de présenter des dysfonctionnements ou de manquer de carburant, un générateur qui dispose à peine de suffisamment de carburant pour fonctionner. Des incidents dramatiques se sont produits, au cours desquels des interventions chirurgicales majeures ont dû être réalisées à l'aide de lampes rechargeables ou, dans certains cas, de la lumière des téléphones portables du personnel médical.
Les personnes en attente d'une opération savent que ce service est limité précisément en raison du manque d'électricité, situation particulièrement aggravée par la pénurie de carburant. Des efforts considérables ont été déployés, avec des résultats encourageants, pour protéger les hôpitaux, les polycliniques et autres centres de santé grâce à des systèmes photovoltaïques. Le blocus pénalise ceux qui ont un proche malade à domicile et des difficultés à le transporter à l'hôpital, ou un membre de leur famille nécessitant une hémodialyse et conscient des restrictions de carburant qui affectent les services d'ambulance et d'autres services dans la même situation. Malgré tout, des ambulances ont été acquises, un approvisionnement minimal en carburant leur est garanti et le transport pour l'hémodialyse est assuré. Les parents et les proches souffrent en cherchant anxieusement des médicaments essentiels, qui peuvent se trouver dans l'un des plus de sept mille conteneurs que les menaces du gouvernement américain contre les compagnies maritimes empêchent d'atteindre l'île, ou qui sont produits à Cuba mais dont les matières premières ou les fournitures se trouvent dans un autre conteneur.
Les données montrent une augmentation de la mortalité infantile, passant de quatre pour mille naissances vivantes en 2018 à 9,9 en 2025. Ce sont des enfants, pas seulement des chiffres. Ce sont des décès qui n'auraient pas dû se produire parce que Cuba et son système de santé publique, robuste et efficace, ont été privés de ressources légitimes.
Nous parlons, par exemple, du système qui doit prendre en charge les femmes enceintes, soigner les enfants malades et assister les personnes arrivant en situation d'urgence médicale. Les soins de santé ont besoin de ressources. Les patients ont besoin de traitements rapides, or le blocus énergétique et les mesures prises contre les compagnies maritimes empêchent ces traitements d'atteindre Cuba.
La cruauté de cette punition collective est manifeste chez les milliers de Cubains qui peinent chaque jour à se rendre au travail sans transports en commun, car le parc automobile est pratiquement paralysé par le manque de carburant. Les enfants, les adolescents et les enseignants parcourent souvent de longues distances à pied pour aller à l'école. Mais nous avons acquis et sommes en train d'assembler des motos, des tricycles et des véhicules électriques. Malgré ces nombreux dégâts, Cuba a réussi l'exploit de permettre à ses enfants de commencer l'année scolaire en cours, avec davantage de garanties et une meilleure assurance, dans des conditions d'universalité, d'équité et de qualité, que celles garanties par les pays d'Amérique latine ou même par les États-Unis dans les communautés à faibles revenus.
Même dans le contexte économique difficile que traverse notre société, le financement annuel essentiel pour l'éducation spécialisée des enfants et des jeunes présentant des handicaps auditifs, psychomoteurs ou intellectuels est garanti. Pour une famille, ce financement se traduit par des opportunités pour leur enfant d'apprendre, de communiquer et de participer pleinement à la vie sociale. Leur avenir est bien plus qu'un simple chiffre dans un rapport statistique.
La baisse du pouvoir d'achat et l'augmentation du coût de la vie pour les familles cubaines, conséquences de l'intensification du blocus par le décret présidentiel du 1er mai, sont sources d'immenses souffrances et d'angoisse. Le blocus des carburants et les menaces contre les compagnies maritimes provoquent des coupures d'électricité, des interruptions d'approvisionnement en eau et affectent tous les services publics. L'hostilité et l'agression imprègnent tous les aspects de la vie.
Il ne s'agit pas de dommages collatéraux, une autre expression inacceptable employée dans le cadre de la guerre criminelle menée par les États-Unis contre Cuba. Ils sont victimes d'une stratégie agressive, d'un plan froidement calculé. Tel est l'objectif des mesures mises en œuvre : une punition collective infligée aux Cubains pour atteindre des objectifs politiques. Le blocus punit ; nous voulons vivre en paix. Punissez toutes les familles ; nous voulons qu'on nous laisse tranquilles.
Le 8 janvier 2026, en réponse à une question sur la politique de son administration envers Cuba, le président Donald Trump a déclaré, et je cite : « Je ne pense pas qu’on puisse exercer beaucoup plus de pression sur eux, à part intervenir et tout saccager.» Le secrétaire d’État, qui a menti à plusieurs reprises en niant l’existence de l’embargo sur le carburant, a déclaré le 7 août, et je cite : « Il n’y a pas d’échappatoire. Chaque fois qu’ils créent un nouveau mécanisme pour tenter de contourner le blocus, nous le bloquons.» C’est ce même esprit impitoyable et destructeur qui anime le génocide perpétré à Gaza. À Cuba, il est silencieux, sans bombes, mais il tue aussi.
Le gouvernement des États-Unis ne peut plus semer la confusion. À Cuba, la prise de conscience des exactions s’accroît et les voix exigeant leur cessation immédiate se font de plus en plus fortes.
Les 27 et 28 octobre, l'Assemblée générale des Nations Unies examinera de nouveau le point de son ordre du jour intitulé : « Nécessité de mettre fin à l'embargo économique, commercial et financier imposé par les États-Unis d'Amérique à Cuba ». Malgré les pressions et les intimidations extraordinaires exercées par le gouvernement des États-Unis, son Département d'État et ses ambassades et missions diplomatiques sur les États membres, notre peuple est confiant dans le soutien massif de la communauté internationale à la demande de levée de l'embargo lors du vote qui se tiendra le mercredi 28 octobre, vers midi.
Le rapport que nous présentons aujourd'hui, disponible dans son intégralité, détaille les dommages causés par la guerre économique menée contre Cuba entre mars 2025 et février 2026. Il rassemble des exemples frappants, des témoignages poignants et des données irréfutables sur ses conséquences sur notre économie, les droits humains et le quotidien de la population.
Derrière chaque statistique se cache un visage humain. Derrière chaque mesure de l'embargo se cache une tragédie ou un drame familial. Les dommages estimés dus au blocus entre le 1er mars 2025 et le 28 février 2026 s'élèvent à 8,083 milliards de dollars. Ce chiffre est un record, dépassant celui de l'année précédente. Les dommages liés au blocus ont augmenté de 7 % durant cette période par rapport au niveau record enregistré il y a un an. Le total des dommages cumulés sur ces décennies de mise en œuvre du blocus atteint 178,7 milliards de dollars aux prix actuels. Il s'agit d'un autre record, soit 4,7 % de plus que le montant précédemment annoncé.
Le rapport estime que, sans le blocus, le PIB cubain aux prix courants aurait connu une croissance significative d'ici 2025. Cette estimation reflète les opportunités de revitalisation du secteur productif, de notre capacité d'exportation, de redressement de notre économie et de développement social – des opportunités perdues précisément à cause des effets directs de cette sanction collective. Cette sanction réduit également la capacité de notre gouvernement à poursuivre le développement et l'amélioration des politiques sociales qui font partie intégrante de notre modèle économique et social.
Le rapport fournit des données et des explications détaillées illustrant l'impact généralisé, global, transversal et profond du blocus énergétique sur tous les aspects de la vie nationale. C'est une réalité que nul ne peut ignorer, même un tant soit peu informé ou fondamentalement honnête. Il convient d'imaginer ce qui se passerait dans n'importe quel autre pays soumis à un blocus énergétique absolu pendant plus de huit mois, équivalent à un blocus naval, ce qui constitue un acte de guerre au regard du droit international.
Quel pays, dans de telles conditions, pourrait maintenir la paix, le consensus social, la stabilité, la participation citoyenne à la recherche de solutions à ses difficultés et la sécurité publique ? Face à ce défi cruel, Cuba œuvre sans relâche ; elle ne sera jamais vaincue. Aujourd'hui, elle s'attache à répondre aux besoins les plus urgents de sa population avec une grande détermination, en maintenant et en améliorant ses politiques sociales au premier plan, afin de garantir que personne ne soit laissé pour compte.
Nous mettrons en œuvre rapidement et résolument les réformes économiques et sociales récemment approuvées par l'Assemblée nationale du pouvoir populaire, dont nous espérons qu'elles porteront leurs premiers fruits à court terme et nous permettront d'améliorer le bien-être de notre peuple.
Il convient de rappeler l'objectif initial de la politique du gouvernement des États-Unis à l'égard de Cuba, tel qu'il est exposé dans ce tristement célèbre mémorandum interne du sous-secrétaire d'État Lester Mallory, daté de 1960, qui stipule, et je cite : « employer rapidement tous les moyens possibles pour affaiblir l'économie cubaine, la priver d'argent et de ressources, réduire ses ressources financières et les salaires réels, provoquer la faim, le désespoir et le renversement du gouvernement ». La politique actuelle du gouvernement des États-Unis contre Cuba constitue et définit un acte de génocide au regard des conventions internationales. Elle reproduit les objectifs et cherche à engendrer une catastrophe semblable à l'holocauste subi par le peuple cubain dans la dernière décennie du XIXe siècle, sous la politique de reconcentration du capitaine général Valeriano Weyler.
Weyler et Lester Mallory se réincarnent en certains politiciens américains et fonctionnaires du Département d'État.
Des déclarations alarmistes sont proférées quotidiennement, non seulement par des représentants du gouvernement, mais aussi par des membres du Congrès farouchement anti-cubains, par des figures néo-fascistes extrêmement conservatrices de la politique américaine, par des héritiers, par les hommes de main et les profiteurs qui ont tiré profit de la dictature de Fulgencio Batista, par ceux qui pensent que la solution pour Cuba réside dans la tutelle américaine, ou encore par ceux qui entendent livrer Cuba aux pires forces de Miami, qui ont toujours prospéré grâce à l'industrie anti-cubaine.
Ce sont ces mêmes politiciens qui incitent à la violence, qui tolèrent les actes terroristes, qui fomentent la déstabilisation de Cuba et qui pressent sans cesse le président des États-Unis de lancer une attaque militaire directe contre notre peuple.
Couper court à toutes les ressources économiques d'un pays revient à étouffer toute sa population et, ce faisant, à tenter de provoquer une crise humanitaire par une punition collective.
Il n'y aura pas de crise humanitaire à Cuba car notre peuple est profondément compatissant, comprend et est pleinement conscient des causes des problèmes et des souffrances que nous endurons, se mobilise collectivement dans une grande unité et est le moteur des changements que nous mettons en œuvre pour remédier aux problèmes du passé et à la situation actuelle extrêmement difficile, grâce à une modernisation et une réforme de notre modèle économique et social, toujours orientées vers la justice sociale, l'égalité des chances et la dignité de tous les Cubains.
Il ne s'agit pas d'une attaque contre un gouvernement avec lequel notre voisin du nord a des différends politiques ; il ne s'agit en aucun cas d'un acte de légitime défense de la part de la première puissance militaire, nucléaire, technologique et économique mondiale.
Elle ne protège aucun intérêt national, ni ceux des citoyens ou entreprises américains. Elle ne représente ni ne répond à la volonté, aux sentiments ou aux intérêts des contribuables et des électeurs de ce pays. Elle ne répond en aucune façon aux sentiments et aux intérêts de la grande majorité des Cubains résidant à l'étranger, en particulier ceux résidant aux États-Unis, ni à ceux de leurs descendants, qui souhaitent le meilleur pour leurs familles, leur nation et leur patrie.
Le gouvernement des États-Unis ne réagit pas par ces politiques génocidaires à une menace inhabituelle ou extraordinaire. Pourtant, il fonde ses deux décrets présidentiels, ceux du 29 janvier et du 1er mai, sur cette calomnie incroyable. Il ne réagit à aucune menace réelle, d'aucune manière.
Cuba n'est pas une menace ; c'est le blocus qui l'est. Cuba n'est en aucun cas une menace. Nous sommes un pays de paix ; nous voulons et méritons la paix.
À l'instar de l'immense majorité de la communauté internationale, je le réaffirme aujourd'hui, et nous le réaffirmerons aux Nations Unies : levez le blocus.
Vivons en paix.
