Par Équipe éditoriale de Correo Canadiense.
Dans un contexte international marqué par l'incertitude, les tensions géopolitiques et les défis migratoires, le nouveau Consul Général de Cuba à Toronto, Víctor Manuel García, prend ses fonctions avec des objectifs clairs.
Le renforcement des liens avec la communauté cubaine au Canada, l'approfondissement des relations entre sa nation et ce pays nord-américain, et la défense d'une vision alternative à l'ordre mondial actuel figurent en tête de ces desseins.
Dans un entretien accordé au Courrier Canadien, le diplomate revient sur son parcours personnel, analyse le scénario mondial et détaille les priorités de sa gestion.
Consul, comment êtes-vous arrivé dans la diplomatie cubaine et qu'est-ce qui vous amène à Toronto ?
Je travaille au Ministère des Relations Extérieures de Cuba depuis 2015. Je suis titulaire d'une licence en philosophie de l'Université de La Havane et, à l'issue de mes études supérieures, j'ai débuté dans le monde de la diplomatie. J'ai travaillé à la Direction Amérique Latine et Caraïbes, j'ai ensuite été nommé consul en Suède pendant quatre ans et, après mon retour au Ministère, j'ai assumé cette responsabilité à Toronto en 2025. Pour moi, c'est un honneur et un défi : au cours des prochaines années, je serai ici à partager avec la communauté cubaine, avec les Canadiens, et à fournir des services consulaires à ceux qui voyagent ou souhaitent voyager à Cuba.
Compte tenu que vous prenez vos fonctions à un moment complexe de la scène internationale, comment évaluez-vous le contexte géopolitique actuel ?
Nous vivons un scénario très agressif et incertain. Chaque jour de nouveaux foyers de tension apparaissent, et cela s'est intensifié avec le second mandat du président des États-Unis, Donald Trump. Depuis Cuba, nous comprenons la situation comme l'expression d'un ordre économique international injuste, basé sur le dépouillement, l'exclusion et l'hégémonie financière, en particulier celle du dollar. Cette logique engendre guerres, violence, xénophobie et discrimination. Face à cela, Cuba a historiquement défendu la souveraineté, l'autodétermination et l'anti-impérialisme, en misant sur un modèle différent, solidaire et fondé sur la justice sociale.
Quel impact ce contexte mondial a-t-il sur votre travail consulaire au Canada ?
Il a un impact direct. Les tensions internationales génèrent peur et incertitude, particulièrement parmi les communautés migrantes. Notre responsabilité est de représenter Cuba, mais aussi d'accompagner les Cubains qui résident au Canada, de maintenir une communication permanente avec eux, d'offrir une information véridique et de contrer l'image déformée que de nombreux médias hégémoniques diffusent sur notre pays. Le Consulat doit être un espace de soutien, d'orientation et de confiance.
Quelle est votre opinion sur les relations actuelles entre Cuba et le Canada ?
Ce sont des relations solides et très spéciales. Nous célébrons 80 ans de liens diplomatiques ininterrompus, ce qui est peu commun. Au-delà des changements de gouvernement au Canada, des relations positives ont toujours prévalu. Le peuple canadien est l'un des plus proches du peuple cubain. Le tourisme en est un reflet clair, avec plus d'un million de Canadiens qui se sont rendus à Cuba avant la pandémie de Covid-19. De plus, le Canada est un partenaire clé dans l'investissement, l'exploitation minière, les énergies renouvelables, la coopération agricole, les programmes de genre, et les échanges culturels et académiques. Il a également maintenu son soutien historique à Cuba au sein de l'Organisation des Nations Unies contre le blocus américain, ce dont nous sommes profondément reconnaissants.
Quelles sont les priorités concrètes du Consulat pour 2026 ?
Nous avons deux grands axes, le premier étant que Toronto accueillera cette année la Rencontre Nationale des Cubains Résidant au Canada, prévue en mai. Ce sera un espace clé pour le dialogue, les propositions et le renforcement des liens avec la communauté. De plus, nous souhaitons rapprocher les services consulaires des Cubains qui vivent loin de Toronto, dans un pays aussi vaste que le Canada, en apportant les services consulaires dans d'autres régions.
Le deuxième axe est le tourisme. Le Canada demeure notre principal marché émetteur de vacanciers et nous voulons retrouver et accroître les résultats. Cuba continue d'être une destination sûre, avec des garanties pour les touristes et pour les Cubains qui voyagent pour voir leurs familles. Nous avons travaillé avec des délégations du Ministère du Tourisme, des compagnies aériennes, des voyagistes et des médias spécialisés pour transmettre ce message avec des données véridiques et de la transparence.
Enfin, quel message adressez-vous à la communauté latino-américaine au Canada ?
Toronto et le Canada, en général, abritent une communauté latino-américaine très vaste et diverse, avec des valeurs, des traditions et une histoire communes. Mon objectif est de m'intégrer dans des espaces, d'apporter mon soutien là où il est le bienvenu et de contribuer à partir de l'expérience cubaine. Nous croyons en la solidarité et l'unité, « l'union fait la force ». Les portes du consulat sont ouvertes non seulement pour les Cubains, mais aussi pour tous les amis solidaires de notre peuple. Nous sommes venus travailler, écouter et construire des ponts.
Extrait de Correo Canadiense
