Cuba, fermeté souveraine et ouverture responsable face à la pression américaine

Article d'Ousmane Mohamed Touré, ancien étudiant à l'Université de la Havane, directeur du journal Malien Le Poing
 
Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques et les rapports de force asymétriques, les déclarations du vice-ministre cubain des Relations extérieures, Carlos Fernández de Cossío, offrent une lecture claire, structurée et résolument digne de la position de Cuba.
À travers cet échange avec la presse nationale et internationale, se dessine une ligne politique constante: défendre la souveraineté nationale tout en restant ouvert au dialogue.
 
Pour comprendre Cuba, il faut d’abord reconnaître une évidence souvent éludée: l’impact durable de la politique américaine sur l’île. Depuis près de 70 ans, le blocus économique imposé par les États-Unis constitue un facteur structurant des difficultés économiques et sociales du pays.
Mais loin d’adopter une posture victimaire, Cuba expose cette réalité avec lucidité. Le discours cubain ne cherche pas à dramatiser, mais à rappeler que cette politique, bien qu’elle ne soit pas militaire, produit des effets comparables à une guerre : difficultés d’accès à l’énergie, contraintes sur l’alimentation, entraves aux soins et au développement.
 
Cette analyse, ferme mais factuelle, traduit une volonté de nommer les choses sans excès, tout en mettant en lumière une injustice persistante.
 
Cuba ne cède sur aucun point essentiel : son indépendance, son droit à l’autodétermination et son système politique ne sont pas négociables. Cette position est exprimée avec une grande cohérence diplomatique: de la même manière que Cuba n’exige aucun changement du système politique américain, elle refuse toute ingérence dans le sien. Cette symétrie dans le discours renforce la crédibilité de La Havane.
 
Elle ne demande pas un traitement particulier, mais simplement le respect des règles fondamentales du droit international. Une ouverture constante au dialogue, malgré les tensions, Cuba ne ferme aucune porte. Au contraire, elle réaffirme sa disponibilité à dialoguer avec les États-Unis sur des bases respectueuses. Cette posture est essentielle , elle démontre que la fermeté cubaine n’est pas synonyme de rigidité.
 
Cuba distingue clairement ses principes, non négociables et les espaces de coopération possibles. Des domaines concrets existent, lutte contre le narcotrafic, sécurité régionale, échanges commerciaux ou encore gestion de différends historiques. Cuba ne rejette pas la coopération ; elle en fixe simplement les conditions: respect mutuel et égalité souveraine.
 
L’un des points les plus marquants de cet échange réside dans la dénonciation des pressions exercées par les États-Unis sur les autres pays. Cuba souligne une réalité souvent peu médiatisée, si le commerce avec l’île est légal pour la majorité des États, il est entravé par des menaces et des pressions indirectes. Cela crée une situation paradoxale où une politique nationale américaine produit des effets extraterritoriaux.
 
Face à cela, Cuba ne réclame pas de privilèges, mais simplement le respect du droit de chaque pays à commercer librement. Une reconnaissance des partenariats équilibrés. L’exemple du Canada illustre une autre facette de la diplomatie cubaine : la valorisation des relations fondées sur le respect et le dialogue. Malgré des divergences politiques, Cuba et le Canada ont su maintenir des liens solides, durables et mutuellement bénéfiques. Ce modèle démontre qu’une coopération constructive est possible, même entre systèmes différents.
 
Cuba insiste d’ailleurs sur un point fondamental : si la solidarité internationale est appréciée, elle ne peut remplacer le commerce. Le développement durable passe par des relations économiques normales, non entravées par des considérations politiques extérieures.
Ce qui ressort avec force de cette prise de parole, c’est la cohérence d’une ligne diplomatique fondée sur la dignité. Cuba ne se présente ni comme une victime impuissante, ni comme un acteur hostile. Elle se positionne comme un État souverain, conscient de ses droits, prêt à dialoguer, mais refusant toute forme de pression ou de tutelle.
 
Cette attitude positive, alliée à une fermeté sans ambiguïté, constitue sans doute la clé de lecture essentielle de la posture cubaine, dialoguer sans se renier, coopérer sans se soumettre, résister sans se fermer. Dans un monde en recomposition, cette ligne pourrait bien apparaître, pour beaucoup de pays, comme un modèle d’équilibre entre souveraineté et ouverture. (Le Poing)
 
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