Par Luc Allaire
Le 2 mai dernier, à Montréal, une soirée bénéfice organisée par le collectif Cuba Por Siempre a réuni une centaine de personnes venues exprimer leur solidarité envers le peuple cubain. Musique, repas, prises de parole et collecte de fonds étaient au programme de cette initiative née dans un contexte d’urgence humanitaire marqué par les pénuries et les coupures d’électricité qui frappent l’île depuis plusieurs mois.
Au cours de la soirée, Mauricio Guerrero, l’un des organisateurs, a donné le ton en rappelant les motivations profondes du collectif. « Nous sommes un regroupement de personnes d’origine latino-américaine qui adhère à l’idée d’une justice sociale dans le monde », a-t-il déclaré devant la salle. « Nous admirons la force du peuple cubain, sa capacité de résistance malgré les difficultés. »
Les fonds recueillis lors de l’événement seront remis à la Table de concertation de solidarité Québec-Cuba, qui travaille avec son partenaire cubain, l’Institut cubain d’amitié avec les peuples (ICAP), afin de soutenir différents projets humanitaires sur l’île.
Un comité né de l’urgence
Derrière cette mobilisation se trouve un regroupement informel de militants et de sympathisants latino-américains, principalement chiliens, unis par leur attachement à Cuba et leur opposition au blocus imposé depuis des décennies par les États-Unis.
« Ce n’est pas une organisation comme telle », explique Mauricio Guerrero en entrevue. « C’est plutôt un comité d’urgence. On s’est réunis parce qu’on voyait la situation à Cuba se détériorer et qu’on voulait faire quelque chose concrètement. »
L’idée est née lorsqu’une militante nommée Hortensia a lancé un appel sur Facebook afin de réunir des personnes préoccupées par les menaces américaines contre Cuba et le Venezuela. Une première rencontre a eu lieu à l’Université du Québec à Montréal, où les participants ont commencé à imaginer des moyens d’aider la population cubaine.
Rapidement, l’idée d’un concert-bénéfice s’est imposée. « C’était beaucoup de travail : trouver une salle, préparer la nourriture, organiser les billets », raconte Mauricio Guerrero. Heureusement, tous les artistes présents ont accepté de participer bénévolement.
« Ce qui nous unit, au-delà des idéologies, c’est l’admiration qu’on a pour le peuple cubain », affirme-t-il.
Une solidarité internationale revendiquée
Dans son discours, Mauricio Guerrero a également inscrit la situation cubaine dans un contexte international plus large, évoquant les guerres et les crises actuelles.
« Le monde vit des moments difficiles », a-t-il lancé. « Les conflits qui s’éternisent, les attaques génocidaires à Gaza et ailleurs, perpétrées par la même puissance militaire mondiale et ses alliés qui veulent asphyxier le peuple cubain avec un blocus total. »
Comparant le blocus de Cuba au siège de Leningrad durant la Seconde Guerre mondiale, il a dénoncé ce qu’il considère comme une stratégie d’asphyxie économique visant à provoquer l’effondrement du pays.
« Nous ne pouvons pas rester indifférents devant ces atrocités parce que l’histoire se répète et pourrait nous toucher ici même », a-t-il affirmé. « Les discours haineux se sont soldés par la mort de millions de personnes. »
Le militant chilien estime que plusieurs critiques occidentales à l’égard de Cuba négligent le contexte historique et géopolitique dans lequel évolue l’île depuis plus de soixante ans.
« Ceux qui exigent un changement à Cuba ont oublié que celui-ci a eu lieu le 1er janvier 1959 », a-t-il déclaré, reprenant ensuite une célèbre phrase de Fidel Castro : « Au passé, nous ne retournerons jamais. »
Une autre vision de la démocratie
L’entretien avec Mauricio Guerrero déborde largement le cadre de la soirée bénéfice pour aborder la question politique cubaine et les perceptions occidentales de la démocratie.
Tout en reconnaissant les difficultés présentes à Cuba, il estime que plusieurs critiques ignorent les effets du blocus américain et les particularités du système politique cubain.
Selon lui, la démocratie cubaine fonctionne différemment des modèles occidentaux traditionnels. Il souligne notamment la participation de citoyens issus de différents milieux sociaux aux instances politiques et insiste sur le fait que les députés cubains ne reçoivent pas de salaire supplémentaire pour leur fonction.
« À Cuba, les gens élus sont souvent des médecins, des enseignants, des travailleurs et même des étudiants universitaires qui ont participé à des missions internationales ou à des projets sociaux. Ce ne sont pas des politiciens professionnels enrichis par la politique », affirme-t-il.
Mauricio Guerrero établit aussi un parallèle avec la situation politique actuelle au Chili. Selon lui, la gauche chilienne a sous-estimé l’impact des campagnes de désinformation menées par les médias de droite lors du référendum constitutionnel de 2022.
« La droite répétait constamment que les gens allaient perdre leur maison ou qu’on interdirait certaines traditions rurales. À force de répétition, plusieurs ont fini par y croire », dit-il.
Il estime que l’un des éléments centraux de la résilience cubaine réside dans la conscientisation politique de la population. « Les Cubains connaissent leur histoire. Ils savent ce qui existait avant 1959 et ce qui a changé après la révolution », affirme-t-il.
L’héritage internationaliste de Cuba
Au cours de la soirée, Mauricio Guerrero a également tenu à rappeler certaines initiatives internationales menées par Cuba au cours des dernières décennies.
Il a notamment évoqué le programme humanitaire destiné aux enfants victimes de la catastrophe de Tchernobyl. Entre 1990 et 2011, plus de 26 000 patients, principalement des enfants, ont été soignés gratuitement à Cuba pour différentes maladies liées aux radiations.
Il a aussi souligné le rôle de l’École latino-américaine de médecine (ELAM), fondée en 1999 par Fidel Castro. Depuis sa création, l’établissement a formé des dizaines de milliers de médecins provenant de plus d’une centaine de pays.
« Cuba n’est pas un État terroriste », a lancé Mauricio Guerrero sous les applaudissements. « Elle est une menace pour le capitalisme parce qu’elle dispose de l’arme la plus puissante, qui est celle de l’unité, la solidarité internationale et l’amitié entre les peuples. »
Il a conclu son allocution en citant Ernesto Che Guevara : « Hasta la victoria siempre » - « Jusqu’à la victoire toujours ».
