Intervention de l’Ambassadeur Rodolfo Benitez Verson sur le rapport présenté par la Rapporteuse spéciale sur les mesures coercitives unilatérales à la suite de sa visite à Cuba pour évaluer l’impact du blocus imposé par les États-Unis

Monsieur le Président,

 

Les États-Unis affirment qu’il n’existe ni blocus ni siège énergétique contre Cuba. Le rapport de la Rapporteuse spéciale démasque le menteur.

Sur la base de preuves solides constatées lors de sa visite à Cuba, la Rapporteuse a établi que ces mesures non seulement existent, mais qu’elles s’intensifient de manière soutenue et causent des dommages immenses.

Elle démontre également que cette politique viole de manière flagrante, massive et systématique les droits de l’homme du peuple cubain, y compris le droit à l’alimentation, à la santé, à l’éducation, au développement et le droit à la vie.

Il n’existe pas de cynisme plus grand que d’asphyxier un peuple et d’en rendre d’autres responsables. Le rapport de la Rapporteuse démontre que les États-Unis mentent lorsqu’ils cherchent à faire porter à Cuba la responsabilité des conséquences de leurs actes cruels.

La Rapporteuse a déterminé que, malgré les efforts soutenus du Gouvernement cubain pour protéger la population et atténuer les effets, l’ampleur et la persistance des mesures coercitives imposées par les États-Unis provoquent des pénuries de biens et de services essentiels dans les foyers cubains.

Washington affirme que sa politique envers Cuba est légale et que le blocus est une question strictement bilatérale. L’analyse juridique exhaustive de la Rapporteuse le réfute catégoriquement. Elle démontre que le blocus doit être levé, car il viole le droit international et empiète sur la souveraineté et la juridiction des autres États.

Le rapport de la Rapporteuse est objectif et factuel. Nous soutenons ses importantes recommandations. Nous remplirons celles qui incombent à Cuba. Le Gouvernement des États-Unis doit remplir les siennes.

L’évaluation présentée par la Rapporteuse concorde avec les dénonciations formulées par de nombreux autres Experts indépendants, Rapporteurs spéciaux et Groupes de travail du Conseil des droits de l’homme. Aucun n’a défendu les États-Unis. Tous ont exigé la cessation immédiate de leur siège contre Cuba.

Monsieur le Président,

Le dessein pervers et délibéré des États-Unis est de provoquer des pénuries extrêmes et l’asphyxie totale des familles cubaines. Ils cherchent à fabriquer une tragédie humanitaire afin de déstabiliser le pays et d’atteindre leurs objectifs politiques.

Dans ce qui constitue un renforcement sans précédent du blocus, les États-Unis ont imposé depuis janvier dernier un brutal siège énergétique contre Cuba. Ils menacent de représailles tout pays qui fournirait du pétrole à l’Île. La pénurie de carburants a eu un impact dévastateur dans presque tous les secteurs de la société.

Faute d’électricité et de fournitures, le système national de santé est contraint de reporter les interventions chirurgicales non urgentes pour prioriser celles qui définissent la vie. Plus de 100 000 patients attendent une chirurgie, dont 12 000 enfants. L’espérance de vie des enfants atteints de cancer est passée de 85 % à 65 %. Le taux de mortalité infantile est passé de 4,4 pour mille naissances en 2018 à 9,9 en 2025. Sur les 395 médicaments produits par Cuba dans son tableau de base, 300 sont en rupture en raison des obstacles à l’accès aux matières premières.

Derrière ces chiffres se trouvent des êtres humains et l’immense douleur et angoisse des familles cubaines.

Les artisans de cette politique de génocide et de châtiment collectif célèbrent comme des succès l’agonie d’une mère cubaine qui perd son enfant faute de médicaments. Ils se réjouissent lorsque nos personnes âgées ne disposent pas d’une ambulance en cas d’urgence. Ils exultent face aux coupures prolongées d’électricité, aux prix élevés des aliments et aux difficultés d’approvisionnement en eau et autres services essentiels.

Les responsables de Washington, experts dans la recherche de moyens pour étrangler le peuple cubain, ont également mis en vigueur depuis le 1er mai un schéma exhaustif de sanctions secondaires contre des entités ou des personnes de pays tiers, uniquement en raison de leurs liens avec Cuba.

Ils atteignent des extrêmes sans précédent pour amplifier la nature extraterritoriale de leur guerre multidimensionnelle contre notre pays.

Les effets sont graves. Il suffit de mentionner que plus de 7 000 conteneurs, dont la majorité contiennent des aliments, des médicaments et des dispositifs médicaux, restent bloqués dans différents pays et ne peuvent être acheminés vers Cuba en raison des intimidations exercées contre les compagnies maritimes.

Les méthodes sophistiquées d’asphyxie contre la population cubaine développées par les États-Unis ces derniers mois, et qui s’intensifient de manière soutenue, dépassent largement la pression exercée pendant des décennies sur le pays. Leur cruauté n’a pas de limites.

En conséquence, le peuple cubain a subi une détérioration de sa qualité de vie et un dommage humanitaire incalculable.

Aucun peuple ne mérite ni ne doit être soumis à un tel châtiment pour avoir défendu son droit à l’autodétermination. Mais ils ne nous feront pas plier. Ils devront rendre des comptes devant l’Histoire, et le peuple cubain ne leur pardonnera pas.

Monsieur le Président,

À la longue liste de mesures de renforcement extrême du blocus, s’ajoute l’utilisation récurrente d’une narrative hautement menaçante et de confrontation contre Cuba par les plus hautes structures de pouvoir du gouvernement américain actuel.

Cuba est sous la menace d’une agression militaire. Comme prétexte, les États-Unis vont jusqu’à l’absurde en désignant notre petite île comme une prétendue menace à la sécurité de la superpuissance militaire.

Il défie le bon sens d’imaginer que Cuba puisse représenter un danger face au pouvoir disproportionné du pays qui consacre le plus de ressources à la guerre, qui possède plus de 5 200 armes nucléaires, 13 000 avions de guerre et 1 200 bases militaires dans 80 pays, y compris la base navale de Guantánamo, située sur le territoire cubain illégalement occupé.

Aucune justification ne peut être invoquée pour attaquer Cuba ni pour lui imposer des mesures coercitives inhumaines dont l’impact humanitaire est comparable à celui d’une guerre. Cuba n’est pas une menace. Le blocus, lui, l’est !

Notre pays ne souhaite pas la guerre, qui provoquerait un bain de sang. Au contraire, nous défendons la paix. Mais en cas d’agression — ce que nous espérons ne jamais voir se produire — notre peuple défendra son indépendance, sa souveraineté et son intégrité territoriale jusqu’aux dernières conséquences.

Monsieur le Président,

Garder le silence face à ce qui est fait aujourd’hui à Cuba affaiblit le droit international et rend la planète encore plus dangereuse.

N’oublions pas qu’une partie du monde a détourné le regard lorsque les horreurs du génocide à Gaza se déchaînaient, et qu’aujourd’hui nous devons tous en assumer les terribles conséquences. Les États-Unis cherchent à faire de Cuba une Gaza silencieuse. Il faut l’empêcher.

Le silence ou l’indifférence mettent tout le monde en danger. Hier, c’était Gaza. Aujourd’hui, c’est Cuba. Demain, cela peut être n’importe laquelle des nations ici représentées.

Cuba ne se rendra pas ! Notre peuple ira de l’avant, grâce à sa résilience, sa créativité et sa détermination, qui ne pourront être bloquées. Nous y parviendrons par nos propres efforts et ressources, et avec le soutien solidaire de tous ceux qui, dans le monde, défendent les causes justes.

Comme l’a dit notre Héros national José Martí : « Un principe juste, du fond d’une grotte, peut plus qu’une armée. »

Nous vaincrons, parce que le droit et la raison sont du côté de Cuba.

Merci beaucoup.

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